Bernard Brunon est artiste peintre - issu du mouvement d'avant-garde supports-surfaces (des années 1970) - et patron d’une entreprise de peintre en bâtiments : That's Painting Production. Selon Stephen Wright, Bernard Brunon aurait su, par son engagement, « s'autonomiser radicalement de l'économie du monde de l'art » (1). Mais ce dernier n'a en rien renoncé à son statut d'artiste peintre et s'il a su opérer effectivement une sortie volontaire du monde de l'art et de son économie traditionnelle, celle-ci ne saurait être que partielle. Car tout en poursuivant sa pratique artistique conceptuelle par le biais de son entreprise, Bernard Brunon n'en renonce pas moins à son statut d'artiste et à travailler pour des institutions artistiques ou bien même pour des collectionneurs d'art. On sait par exemple que ce chef d'entreprise a repeint - et/ou fait repeindre par ses employés - la cuisine de Ghislain Mollet-Viéville, collectionneur d'art conceptuel, en 1995 (2) ; la Galerie Le Sous-Sol en mai 2002 (3); et dans le cadre de la biennale de Rennes (été 2008), son entreprise a rénové la façade de la bibliothèque universitaire de Rennes.
Ainsi, l’artiste Bernard Brunon s’arrange très bien avec la flexibilité des statuts et avec la nécessité pour les travailleurs contemporains de savoir s’adapter à des situations de travail chaque fois différentes. Il en mesure les effets bénéfiques, possibles et escomptés pour le compte de son entreprise. Bernard Brunon se transforme ainsi en chef d’entreprise de peinture en bâtiments, pour vérifier ses capacités à transférer durablement ses compétences artistiques - acquises dans les mondes de l’art – dans le monde de l’entreprise. L'artiste jouit de cette façon d'un double statut : « patron, il enrichit son capital économique, artiste, il tire profit du capital symbolique produit de son nominalisme artistique. » (4). Si ce double statut peut sembler, par bien des façons, semblable à celui de l'artiste salarié – « le pied rémunérateur qui permet à l'autre de “danser” » (5) – l’artiste Bernard Brunon n'en demeure pas moins un patron. Il utilise la main d'œuvre des salariés qui travaillent pour lui, et ceux-ci ne bénéficient en rien d’un statut artistique (6), seul privilège du patron-artiste Bernard Brunon..

(1) Wright Stephen,« Le double statut ontologique de l’entreprise artistique », sous la direction de Yann Toma avec la collaboration de Rosemarie Barrientos, in Les entreprises critiques/Critical companies, Paris, IRDD Cité du design, 2008, p.102.

(2) Jean-Batiste Farkas, BERNARD, A MESSAGE TO YOU!, rendez-vous-haut-les-mains, www.rendez-vous-haut-les-mains.com, consulté le 9 mars 2009.

(3) Ibid.

(4) Laurent Marissal, « Compte rendu du catalogue Valeurs Croisées – Les Ateliers de Rennes – Biennale d’art contemporain », Histara les comptes rendus, publié le: 25/05/2010, Revue en ligne : http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=730.

(5) Bernard Lahire, La condition littéraire, la double vie des écrivains, Paris, La découverte, 2006, p. 66.

(6) Bernard Brunon a commencé par embaucher des artistes peintres pour l’aider et a fini par prendre des peintres en bâtiments professionnels : «C’étaient des artistes qui avaient besoin d’un petit boulot. Mais je me suis vite aperçu que sur un chantier, il y avait des exigences de temps à respecter, et une certaine rigueur. Je me suis donc tourné vers des peintres en bâtiments». Bernard Brunon, « Bernard Brunon, artiste peintre en bâtiment », propos recueilli par M. D., disponible sur le site : http://www.batiactu.com, publié le : 16/06/2008.