Jean-Luc Moulène
Quelques Objets de grèves

On peut observer « une coupure entre le temps des solidarités (celui de la docilité et de la gratitude de l’enquêteur envers ses hôtes) et le temps de la rédaction qui dévoilent les alliances institutionnelles (scientifiques, sociales) et le profit (intellectuel, professionnel, financier, etc.) dont cette hospitalité est objectivement le moyen. Les Bororos descendent lentement dans leur mort collective, et Lévis-Strauss entre à l’Académie ».
En paraphrasant Michel de Certeau (1), on pourrait sans doute voir, dans la situation de la représentation des travailleurs de l’industrie en France, quelque chose de comparable. Les ouvriers de l’industrie et leurs cultures associées descendent lentement dans leur mort collective, et Jean-Luc Moulène entre à Beaubourg avec leurs objets de grève représentés (3).

(1) Michel de Certeau, L’Invention du quotidien tome 1 : arts de faire, Paris, Gallimard, 1990, p. 44.

(2) Dans le cadre de sa politique d’acquisition, le Centre Pompidou a fait l’achat des photographies des objets de grève présentés par Jean-Luc Moulène. Les objets de grève sont des objets fabriqués pour financer la grève.